Vous avez à votre disposition des talents exceptionnels. À quel point est-il difficile d’en faire une équipe performante ?
C’est le challenge. Le défi, c’est de récupérer des joueurs qui vivent aux Fidji et qui jouent pour la franchise Drua dans le Super Rugby, et puis ceux qui sont en Europe. Il y a un bon mélange dans ce groupe avec des joueurs d’expérience comme Kini Murimurivalu qui est de retour. Il va apporter ce qu’il a connu avec Leicester, c’est-à-dire un rugby très pragmatique. Waisea Nayacalevu notre capitaine qui est en train de grandir dans son rôle de leader. Dans notre équipe il y a aussi des jeunes joueurs de Pro D2 comme Luke Tagi (ndlr : pilier de…
C’est le challenge. Le défi, c’est de récupérer des joueurs qui vivent aux Fidji et qui jouent pour la franchise Drua dans le Super Rugby, et puis ceux qui sont en Europe. Il y a un bon mélange dans ce groupe avec des joueurs d’expérience comme Kini Murimurivalu qui est de retour. Il va apporter ce qu’il a connu avec Leicester, c’est-à-dire un rugby très pragmatique. Waisea Nayacalevu notre capitaine qui est en train de grandir dans son rôle de leader. Dans notre équipe il y a aussi des jeunes joueurs de Pro D2 comme Luke Tagi (ndlr : pilier de Provence Rugby), d’autres qui ont explosé cette année dans le Super Rugby comme l’ailier Vinaya Habosi. Je trouve qu’il y a de bonnes intentions à l’entraînement, un bon enthousiasme. Maintenant, il faut réussir à enchaîner les performances. Une, on est capable. Deux ou trois, c’est le challenge. Nous avons un bon programme cet automne avec l’Écosse, l’Irlande et les Barbarians français.
Vous résidez le plus souvent en Nouvelle-Zélande. Comment organisez-vous le suivi de vos joueurs ?
On a des gens basés en Europe comme Scott Crean, l’un des préparateurs physiques de Clermont. Ils vont voir les joueurs, ils sont en contact avec les clubs pour qu’on puisse avoir des datas sur les performances et organiser le suivi de loin.
Le fait d’avoir désormais une équipe fidjienne dans le Super Rugby avec la franchise Fijian Drua vous aide-t-il ?
Je pense qu’on pourra vraiment en sentir les bénéfices l’année prochaine. Là, c’était la première saison, les joueurs ont pris beaucoup d’expérience. Pour beaucoup, c’était leur première compétition professionnelle. Le Super Rugby va commencer en janvier l’année prochaine. Il va durer jusqu’au mois de juin. Donc il y a aura une belle dynamique quand je retrouverai les joueurs en juillet. J’en ai parlé avec Eddie Jones (ndlr : l’entraîneur de l’Angleterre). Quand il a battu l’Afrique du Sud avec le Japon lors de la Coupe du monde 2015, il a pu s’appuyer sur la dynamique impulsée par les Sunwolves dans le Super Rugby. J’espère que cela nous amènera la même cohésion.
Les meilleurs talents fidjiens continuent-ils de se diriger vers le VII ?
Oui, l’équipe de VII reste le premier choix de la Fédération. Mais il nous arrive de récupérer des joueurs comme Sireli Maqala qui joue à Bayonne. Mais avec Drua nous avons maintenant une équipe qui permet aux joueurs qui sortent des académies de jouer dans une compétition professionnelle. Mais maintenant, on dispose d’une bonne base. On a un bon centre d’entraînement à Nadi. On va vraiment pouvoir bosser pour développer ces joueurs.
L’envie de jouer pour l’équipe nationale reste-t-elle une source de motivation importante pour les joueurs ?
On essaie de mettre l’importance sur le fait de porter ce maillot, de jouer pour son pays. Le Covid nous a fait du mal. Certains joueurs ne sont pas rentrés chez eux pendant deux ans. On l’a senti au mois de juillet. On a disputé trois matches. Mais on a senti les mecs qui revenaient d’Europe un peu perdus. Ils avaient des obligations avec leur famille et peu de temps. On insiste assez fort sur ces valeurs. Je sens qu’il commence à y avoir un peu de cohésion autour de la fierté de représenter les Fidji.
Quelles sont vos priorités quand vous retrouvez les joueurs ?
Avec des joueurs comme ça, il faut juste trouver les moyens de les placer dans leur zone. Un espace où ils peuvent exprimer leur talent. Il ne faut pas trop manager mais manager quand même. C’est un juste milieu entre le fun et l’exigence qu’impose le rugby. On ne peut pas jouer à XV comme on joue à VII.
Beaucoup d’équipes, dont la France, font du jeu au pied et de l’occupation du terrain une priorité. Cela ne va pas dans le sens de la culture fidjienne. Mais est-ce aussi un passage obligé pour vous ?
Oui par moments. Vu le rugby que l’on joue, on dépense beaucoup d’énergie. Il y a des moments où il faut savoir gérer. C’est ce que les joueurs d’expérience doivent apporter à cette équipe. Il faut bien choisir. Les adversaires nous connaissent. Ils savent qu’après soixante minutes, on commence à fatiguer. On prend deux ou trois pénalités, nos adversaires jouent des ballons portés à partir de touche et on se trouve en difficulté. On en est conscient. Encore une fois, il faut trouver le bon dosage.
En 2007, lors de la Coupe du monde en France, les Fidji avaient créé la surprise en se qualifiant pour les quarts de finale. Est-ce un objectif à votre portée ?
C’est l’ambition. On aimerait bien surprendre quelques adversaires.
Quel regard portez-vous sur l’équipe de France depuis la Nouvelle-Zélande ?
Comme tout le monde, je vois une équipe qui a gagné en professionnalisme, qui passe plus de temps ensemble. Je vois aussi une génération de joueurs, surtout toulousains, qui forment la masse critique de cette équipe. Ça joue bien. Ça joue pragmatique. On parle de dépossession. Les Français sont maîtres de ça. Ils sont puissants. En fait, s’il y a une équipe qui ressemble à la Nouvelle-Zélande, c’est la France. Ils sont un peu plus sur la tactique. Mais sur l’initiative, savoir jouer ce qui est devant vous, nous sommes proches.
La Coupe du monde est-elle déjà dans les têtes néo-zélandaises ?
Les All Blacks ont traversé une période un peu compliquée avec quatre matches perdus. Mais cela ne fait pas de mal. Perdre des matches, cela impose de se poser de bonnes questions. La tournée de novembre va être intéressante pour eux avec un dernier match contre les Anglais qui, à mon avis, vont eux aussi monter en puissance. On aura une indication où sont les All Blacks. Ils ont été touchés par cette série de défaites mais attention, ça bosse fort pour revenir.