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Avant de se rendre en stage à Capbreton, Romain Ntamack s’est posé pendant une demi-heure, à Ernest-Wallon, pour évoquer son actualité. Il est notamment revenu sur la tournée d’automne, où il est apparu en demi-teinte alors qu’il revenait tout juste d’une blessure à la cheville après presque deux mois d’absence. Conscient des attentes qui l’ont toujours accompagné depuis le début de sa carrière, et s’il se dit frustré de ses trois prestations face à l’Australie, l’Afrique du Sud et le Japon, l’intéressé a mal vécu les critiques qu’il juge excessives. Le Toulousain en profite donc pour régler quelques comptes avant de se tourner sur le Tournoi des 6 Nations qui s’ouvre et qu’il aborde avec de grandes ambitions.
Le 14 janvier, à Sale, vous avez célébré votre centième match sous le maillot du Stade toulousain, à seulement 23 ans. Vous rendez-vous compte de ce que cela représente ?
C’est énorme mais je ne m’en rends pas vraiment compte, parce que j’ai toujours vécu dans ce club. Parfois, ce n’est pas que je n’en ai pas conscience mais… (Il s’arrête) En fait, j’ai tellement grandi dans cet environnement que je ne mesure pas toujours l’importance du Stade toulousain, la place qui est la sienne dans le rugby français. En prenant du recul, de temps en temps, je me dis que c’est incroyable quand même. Franchement, je n’aime pas trop m’étaler sur des statistiques personnelles ou des souvenirs, je préfère vraiment rester concentré sur mon quotidien de rugbyman mais, en y repensant, c’est un peu fou.
Cela ne reflète-t-il pas votre précocité à ce niveau ?
Depuis tout petit, j’en ai imaginé des choses. Mais je ne suis pas sûr que j’aurais pu penser atteindre, à 23 ans, la barre les cent matchs dans le plus grand club d’Europe. Voilà, j’y suis arrivé. C’est dingue et j’en suis très fier.
Même s’il est dur de comparer les époques, avec la multiplication des doublons ou faux doublons aujourd’hui, vous êtes dans les standards d’un Frédéric Michalak au même âge par exemple…
C’est fort de s’inscrire dans la lignée de joueurs qui ont marqué l’histoire de ce club, comme Fred. Dans le vestiaire d’Ernest-Wallon, on a des plaques avec inscrits dessus le nom des mecs qui ont fait cent matchs pour le Stade toulousain. Quand on les compte, il n’y en a pas mille non plus. Je suis heureux que mon nom soit désormais sur une de ces plaques, dans mon club de toujours. D’autant plus que, malgré mon jeune âge, j’ai vite basculé en équipe de France, ce qui m’a aussi fait rater des rencontres avec Toulouse. Mais je compte bien en faire beaucoup plus que cent (rires).
Vous évoquez l’équipe de France, avec qui vous comptez déjà 32 sélections et pourriez approcher les cinquante capes, avec deux Coupes du monde à la clé, en fin d’année. Oublie-t-on parfois que vous n’avez que 23 ans justement ?
Je ne me suis pas mis en tête de battre tel ou tel record, du nombre de sélections ou de matchs. Certains chiffres me font plaisir quand on me les dit mais je ne m’arrête pas là-dessus. Je le ferai à la fin de ma carrière. Mais, pour répondre à la question, je trouve effectivement qu’on oublie assez vite mon âge quand je fais des bons matchs et qu’on me le rappelle très rapidement aussi quand j’en fais de moins bons. Forcément, je fais avec.
Vous faites sûrement référence à la tournée de novembre, durant laquelle vous avez été moins en vue…
Oui, on me l’a vite rappelé. Je sais qu’on attend tout le temps beaucoup de moi, aux entraînements, en match, en club ou en sélection. Je m’en suis bien rendu compte lors de cette tournée. J’ai été un peu en dedans, je revenais d’une longue blessure (cheville, N.D.L.R.) et on ne m’a pas pardonné grand-chose, notamment dans les médias. Même si cela m’importe peu car je m’attache aux retours des staffs, à Toulouse ou en équipe de France.

XV de France - Romain Ntamack avec les Bleus
XV de France – Romain Ntamack avec les Bleus MIDI OLYMPIQUE – PATRICK DEREWIANY

Avez-vous eu du mal à digérer ces critiques ?
J’ai toujours eu l’habitude d’être exposé. Je le suis depuis longtemps et je me suis très rarement raté. Il me semble avoir toujours fait de très bons matchs, ou des matchs corrects en sélection, sur lesquels on n’avait pas beaucoup de choses à me reprocher. Là, sur cette tournée, j’ai senti qu’on a vite eu envie de me descendre sur pas mal de points. Et certains ont peut-être oublié que je n’avais pas joué depuis plus d’un mois et demi. Je revenais tout juste à très haut niveau, et j’ai l’impression qu’on ne m’a pas pardonné grand-chose. Je ne parle pas du staff. Que ce soit celui du XV de France ou celui de Toulouse, ils m’ont toujours soutenu et ont tout fait pour me donner confiance.
Qu’avez-vous à reprocher au traitement médiatique de votre tournée ?
J’ai senti qu’on attendait la moindre chose pour me descendre ou me remettre en question. C’est juste que je ne m’y attendais peut-être pas à ce point-là. Je l’ai dit et je le sais, j’ai toujours été très attendu. Mais, après un mois et demi sans jouer et deux ou trois matchs un peu en dedans, je pensais qu’on serait plus indulgent avec moi. Force est de constater que non.
Qu’en retirez-vous alors ?
J’ai pas mal appris dans cette période, notamment sur moi-même. La situation ne m’a pas non plus déstabilisé quand je suis revenu en club. Cela fait partie de la vie d’un sportif et je vivrai certainement d’autres passages comme celui-ci, et encore plus pénibles. On va dire que c’est une étape de mon début de carrière.
Vous l’avez dit, vous n’aviez pas joué depuis presque deux mois avant le premier match de l’automne contre l’Australie. Avez-vous des regrets ? Auriez-vous eu besoin de retrouver davantage de rythme d’abord ?
Non, la frustration est venue de moi, de mon jeu. Je voulais faire mieux que ce que j’ai fait. Mais je n’ai aucun regret. Je me suis donné à 100 % pendant un mois et demi, en étant au stade à m’entraîner du lundi au samedi, de 8 heures à 18 heures. C’était pour essayer d’être apte à la compétition à temps. J’ai tout de suite alerté le staff du XV de France que je mettais tout en œuvre pour être d’attaque pour la tournée. Non, je ne regrette pas d’avoir joué. J’ai fait les matchs que j’ai faits… La seule déception vient de moi-même. J’aurais aimé donner plus et mieux que ça.
Mais votre retour n’était-il pas prématuré ?
Je me suis donné les moyens pour être prêt à ce moment-là. Si le staff avait jugé bon de ne pas me retenir, il ne m’aurait pas pris. Physiquement, j’étais prêt. Rugbystiquement, il me manquait sûrement quelques repères. Mais, encore une fois, c’est moi qui l’ai décidé. Dans mon esprit, j’étais apte à jouer et le staff a pensé la même chose. Voilà, je le répète, c’est mon jeu qui m’a déçu. Je voulais faire bien mieux. Mais la frustration était individuelle, elle concernait mes prestations. Parce qu’on a quand même gagné les trois matchs et j’en étais heureux. J’ai donc vite relativisé.

Romain Ntamack s'est blessé à la cheville en début de saison
Romain Ntamack s'est blessé à la cheville en début de saison Icon Sport – Icon Sport

Quelle avait été la teneur des échanges avec le staff des Bleus, qui vous a maintenu dans le XV de départ sur les trois rencontres ?
J’avais beaucoup parlé avec eux, en amont déjà, de mon état, de l’évolution de ma blessure. Je leur ai toujours dit que je me tenais prêt pour jouer, que je faisais tout pour être là. J’ai même accéléré mon délai d’indisponibilité. En reprenant en club ou en sélection, j’avais une douleur à la cheville qui m’embêtait mais je n’ai rien dit dans le but d’être performant. J’ai serré les dents pour être compétitif et le staff a jugé que je l’étais.
Et avez-vous fait un débriefing ensemble après la tournée ?
Oui, j’ai échangé avec Fabien (Galthié) et surtout avec Laurent (Labit). Cela restera forcément entre nous mais c’était toujours bienveillant.Il n’y avait aucun ressentiment, c’était très calme et constructif.Cela m’a fait du bien.Je leur ai confié mes impressions par rapport à mes prestations.
En club, alors que la grande majorité des internationaux étaient au repos à Lyon en sortant de la tournée, votre manager Ugo Mola vous a directement remis sur le terrain…
J’en avais besoin et j’échangeais beaucoup aussi avec Ugo durant la tournée pour lui faire part de mes sentiments et de mes frustrations par rapport à mon jeu. Lui m’a assuré que je n’avais pas à me faire de souci et je lui ai dit qu’il me fallait enchaîner avec le club, qu’on verrait plus tard pour les vacances.Cela faisait presque trois mois que je n’avais pas joué avec Toulouse. J’avais envie d’aider l’équipe et de remettre dans le bain. Jusqu’à Noël, j’ai tout joué et j’ai retrouvé de bonnes sensations, en me rapprochant petit à petit du niveau que j’avais avant ma blessure.
Ugo Mola vous a aussi défendu après l’automne et on sent que vous avez une relation forte…
Quand Ugo parle d’un de ses joueurs, c’est toujours bienveillant. Moi, il m’a vu naître et il y a sûrement quelque chose de particulier entre nous. Depuis cinq ou six ans, il a amené toute notre génération là où elle est maintenant. Quelque part, nous sommes ses protégés. Et je sais que, quoi qu’il arrive, il nous défendra corps et âme. Mais, rassurez-vous, quand on est en entretien individuel, Ugo sait nous dire les choses quand ça ne va pas. Il ne passe pas par quatre chemins, et tant mieux. Il sait aussi nous les dire quand ça va. Il a cette qualité pour arriver à mettre les joueurs en confiance.
Pour ce Tournoi, Fabien Galthié a évoqué une évolution de l’animation offensive. Malgré les victoires de novembre, se faire contrer comme ce fut le cas par l’Australie ou l’Afrique du Sud a-t-il pu perturber les meneurs de jeu dont vous faites partie ?
Les équipes adverses nous observent beaucoup, nous analysent et s’adaptent à nous. Pour la tournée, on avait un plan de jeu qu’on a respecté à la lettre à mes yeux. Notre système était essentiellement basé sur la dépossession, l’occupation et une grosse défense, par rapport aux adversaires qui étaient les nôtres.
Quel bilan en tirez-vous ?
En l’occurrence, il a marché puisqu’on a gagné les trois matchs. On n’a pas trop eu le ballon sur cette tournée, moins qu’auparavant, même si nous n’avons jamais été l’équipe qui a le plus de possession. On a adapté notre plan de jeu à ce qu’on voulait faire. Et il faudra encore l’adapter sur le Tournoi.Si Fabien l’a dit, c’est qu’il y aura quelques modifications (sourire). Le plus important, c’est que les joueurs savent respecter ce qui leur est demandé.

Romain Ntamack avec le XV de France face à l'Afrique du Sud
Romain Ntamack avec le XV de France face à l'Afrique du Sud Icon Sport – Icon Sport

Si on prend l’exemple de l’Australie en novembre, qui vous avait surpris en plaçant trois joueurs en troisième rideau, cela influe directement sur vos décisions en tant qu’ouvreur…
Oui, forcément.Quand les choses ne se passent comme on le voudrait, il faut s’y adapter et trouver des solutions. Je pense d’ailleurs qu’on peut encore progresser collectivement là-dessus. De plus en plus, nos adversaires ne vont pas jouer comme on s’y attendait.C’est logique et on doit y répondre. L’Australie est un bon exemple. Cette équipe nous avait bien contrés sur pas mal de points mais, à la fin, on a trouvé une solution pour marquer.
À quel point le fait d’être à la conduite du jeu avec Antoine Dupont, que vous connaissez par cœur, et avec Thomas Ramos ou Melvyn Jaminet à l’arrière qui sont aussi vos partenaires en club, est-il un avantage?
C’est plus facile pour trouver les automatismes rapidement. Avec Antoine, Thomas ou Melvyn, on parle le même rugby, on joue en club ensemble.On s’entraîne tous les jours ensemble, donc on se connaît par cœur. Quand on arrive en sélection, c’est plus simple de se parler, de se dire les choses, de se trouver et d’adapter notre jeu. Avoir un axe 9-10-15 qui évolue dans le même club fait gagner un temps précieux.
Sentez-vous que le XVde France est définitivement passé de chasseur à chassé ?
Oui, il est évident qu’on le sent et qu’on le voit aussi.Les regards ne sont pas les mêmes quand on passe à côté des autres joueurs.Nous sommes l’équipe à abattre désormais, les mecs à faire tomber. Quelque part, c’est excitant de devoir affronter ces regards-là.Tout le monde aimerait à notre place.Voilà pourquoi on a hâte que le Tournoi commence, pour défendre notre titre de l’an dernier.Nous serons attendus, nous allons nous déplacer trois fois dans ce Tournoi très compliqué, mais c’est un beau défi. Puis, même s’il y a des matchs amicaux, ce seront les vraies dernières cartouches avant la Coupe du monde.
Justement, ce changement de statut est gratifiant et c’est ce que vous visiez depuis le début…
Ce qu’on voulait, c’était de gagner les matchs, gagner le Tournoi des 6Nations, gagner des titres.On a réussi à le faire. Quand tu y parviens, tu deviens évidemment l’équipe à battre. Celle qui est regardée.
Et copiée aussi ?
C’est vrai.Mais, si nous en sommes là, c’est que nous avons également copié d’autres équipes. Tout le monde fait pareil.L’équipe de France rayonne depuis un an et demi et nous voulons conserver notre niveau, notre confiance. Le but est d’arriver ainsi à la Coupe du monde, et cela passe par un bon Tournoi.
Si vous remportez les cinq matchs du Tournoi, vous égalerez le record mondial de victoires d’affilée, détenue par l’Angleterre et la Nouvelle-Zélande (dix-huit). Y pensez-vous ?
Avant ça, je retiens surtout que, si on gagne cinq matchs, on fera un doublé de grands chelems (sourire). Je l’ai dit, l’objectif est de remporter toutes nos rencontres, on ne l’a jamais caché. Forcément, si on les gagne toutes pendant un an ou deux, cela amène à battre certains records. Mais ils restent anecdotiques pour nous.Disons qu’on les prend comme ils viennent. Si nous battons celui-ci, ou quelques autres qui passent par là, nous serons contents mais l’ambition n’est pas là.

L'équipe de France veut battre le nombre de victoires consécutives détenu par la Nouvelle-Zélande
L'équipe de France veut battre le nombre de victoires consécutives détenu par la Nouvelle-Zélande Icon Sport – Icon Sport

Savez-vous combien de fois, dans l’histoire, une équipe de France est parvenue à réaliser deux grands chelems d’affilée ?
Non, mais cela n’a pas dû arriver souvent. Peut-être même jamais.
C’est arrivé une seule fois, en 1997 et 1998…
Je ne pense d’ailleurs pas que beaucoup de nations y soient parvenues.En tout cas, récemment, je n’en ai pas souvenir.
Depuis le début des années 90, c’est arrivé une fois pour la France et une fois pour l’Angleterre…
Cela montre la difficulté de réaliser un grand chelem déjà. Alors, en faire deux d’affilée… On va essayer de relever ce défi. On a un staff et des joueurs ambitieux.
Au-delà du premier match en Italie, un rendez-vous au sommet vous attend le week-end suivant en Irlande, première nation mondiale…
Ce sera un grand match entre, je l’espère, les deux premières nations mondiales à ce moment-là. Tout le monde aura les yeux rivés sur cet affrontement, dans un stade incroyable.Les Irlandais seront un peu revanchards puisqu’ils n’étaient pas passés loin de nous battre à Paris l’an dernier. Il y aura beaucoup d’enjeux. C’est ça le Tournoi des 6 Nations : des rendez-vous au sommet dans des ambiances folles. Mais, avant de penser à l’Irlande, il y a l’Italie qui nous attend à Rome.Et c’est toujours difficile là-bas.
Entre l’affrontement dont on parlait avec l’Irlande l’an passé, ou ceux entre votre club et le Leinster ces dernières saisons, y a-t-il une rivalité particulière qui s’est installée pour les Toulousains ?
Oui, parce que le Leinster, c’est pratiquement l’équipe d’Irlande. Avec Toulouse, on a eu de toute façon l’habitude d’affronter des provinces irlandaises ces dernières saisons, entre le Munster, l’Ulster ou le Leinster. Ce sont toujours des matchs particuliers, c’est vrai.On connaît les joueurs parfaitement mais eux nous connaissent très bien aussi. Une chose est certaine : ce sont toujours des duels de haut niveau et je peux vous assurer qu’il n’est pas facile de trouver les solutions contre eux.
Après la demi-finale de Champions Cup perdue là-bas la saison passée, les Toulousains auront aussi une petite revanche à prendre à l’Aviva Stadium…
Peut-être aussi. Si on a la chance de gagner à Dublin, on aura sûrement une pensée pour cette demi-finale perdue l’an dernier.
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