Quel bilan global tirez-vous de ce premier bloc ?
On a 19 points donc comparativement aux 10 premiers matchs de l’an dernier, c’est 3 points de moins. Donc on est en retard par rapport à la référence de la saison passée que l’on veut battre. Je dis donc attention, danger, urgence, car on prétendait faire mieux.
Qu’est-ce qui diffère de la saison dernière ?
La saison passée, on a vécu une avant-saison et un premier bloc sur un continuum avant un temps faible après. Là, j’ai l’impression d’avoir déjà traversé trois temps très différents : un correct, l’autre très faible et le dernier plutôt fort. On a quasiment ressenti les émotions d’une saison en accéléré, sur un seul bloc. Rien que sur le match du Stade Français, avec des moments très forts et très faibles, on a eu le sentiment de faire une saison en condensé.
Comment avez-vous vécu cette déroute ?
C’est quelque chose qu’on a pris en pleine gueule et qu’il fallait assumer, regarder. Et comme toujours, c’était un fabuleux support de remise en question et de challenge pour évoluer. « Soit on gagne, soit on apprend », dit Mandela. C’était une période dure, délicate…
On a 19 points donc comparativement aux 10 premiers matchs de l’an dernier, c’est 3 points de moins. Donc on est en retard par rapport à la référence de la saison passée que l’on veut battre. Je dis donc attention, danger, urgence, car on prétendait faire mieux.
Qu’est-ce qui diffère de la saison dernière ?
La saison passée, on a vécu une avant-saison et un premier bloc sur un continuum avant un temps faible après. Là, j’ai l’impression d’avoir déjà traversé trois temps très différents : un correct, l’autre très faible et le dernier plutôt fort. On a quasiment ressenti les émotions d’une saison en accéléré, sur un seul bloc. Rien que sur le match du Stade Français, avec des moments très forts et très faibles, on a eu le sentiment de faire une saison en condensé.
Comment avez-vous vécu cette déroute ?
C’est quelque chose qu’on a pris en pleine gueule et qu’il fallait assumer, regarder. Et comme toujours, c’était un fabuleux support de remise en question et de challenge pour évoluer. « Soit on gagne, soit on apprend », dit Mandela. C’était une période dure, délicate, mais utile pour apprendre des choses, riche d’enseignements.
Cette période vous a-t-elle fait changer ?
On a voulu garder le cap. Avec tout le staff, on a été percutants là-dessus. Sinon, évidemment que quand tu prends des claques dans la gueule et que tu fais ces constats, tu changes, c’est certain. Mais c’est le propre de toute aventure managériale. Tu conserves ta vision avec conviction mais en fonction des vents plus ou moins forts ou contraires, tu vas devoir réguler, même si tu connais ton port d’arrivée et ta volonté d’y arriver.
Il paraît que dans ces moments tumultueux, vous avez été très à l’écoute et ouvert au dialogue…
Je suis toujours d’un naturel assez clair, en tout cas j’espère l’être. Je n’ai pas caché mes émotions, j’ai dit au staff et aux joueurs – en privé – ce que je pensais. Je me remets aussi en question, le premier. J’écoute beaucoup, je partage beaucoup mes points de vue avec tout le monde et à la fin je décide. Je le fais tout le temps, ce n’est pas parce que c’était un moment de crise qu’il ne fallait pas faire comme d’habitude. Là où c’est plus compliqué c’est que ce sont des périodes où il faut écouter des choses douloureuses. On n’aime pas les vivre mais ça ne me dérange pas… Ça fait partie des processus d’évolution évidents et classiques. J’ai tout fait pour que ce soit verbalisé, ouvert, partagé, même si c’est dur et délicat. Seules les choses authentiques et vraies font avancer les gens, même si parfois c’est dur de se les dire. C’était une opportunité, très désagréable, mais une opportunité…
On a l’impression de voir une équipe enfin débridée sur le terrain. Partagez-vous cette impression ?
On a peut-être des joueurs un peu plus libérés, électriques, connectés, sur la même page, notamment sur les ballons de contre-attaque et de turnovers […] Ces moments de questionnements et de séisme nous ont resserrés autour de nos intentions de jeu. Il y a un alignement fort des joueurs autour de ce que l’on veut produire, même avec le peu de munitions qu’on peut parfois avoir. C’était effectivement peut-être moins fort et intense en début de saison… Peut-être aussi parce qu’on voulait régler tellement de paramètres de notre jeu qu’on a été moins focus sur notre ADN. Faire vivre le ballon, le tenir, jouer plus vite que les autres en fait partie, exploiter tous les ballons de contre-attaque aussi. Mais être rugueux, des chiens en défense, avoir confiance en notre organisation défensive, je pense que ça en fait partie aussi. Aujourd’hui, optimiser notre jeu au pied de pression et être capables de se sentir attaquants quand on chasse derrière, c’est en train de faire partie de notre ADN aussi.
On a longtemps raillé l’ADN joueur prôné à tout va par la Section. Est-ce difficile de faire évoluer tout ça ?
Une culture, c’est très long à changer. Ça fait à peine 2 ans, je ne prétends pas l’avoir fait. En tout cas, on y travaille et je suis persuadé qu’avec les valeurs de ce territoire, ce que représente le rugby ici, on se doit de cultiver un ADN plus dur et rugueux, beaucoup plus porté sur un travail sans ballon, des efforts de courses. Porter le ballon c’est élégant, créatif, parfois innovant et ça correspond aussi au patrimoine de notre club et nos joueurs. Mas pas que… À la base, ici, il y a des valeurs de labeur, de travail dans l’ombre. Les efforts sans ballon de soutien offensif ou de défenseur après chasse et jeu au pied, on doit les ancrer fort dans notre culture. C’est en train de se faire mais je ne crois pas que ce soit durablement stable. On aura franchi un cap quand ça sera ancré fort en nous. C’est un travail quotidien et percutant pour le faire comprendre. Tant que je serai là, je ne lâcherai pas. Regardez comment nos perfs face à Toulouse, La Rochelle ou Bordeaux se sont faites…
Regrettez-vous de ne pas pouvoir vous appuyer sur une conquête plus efficace ?
Aujourd’hui c’est clair, ce n’est pas une base stable. On ne peut pas s’appuyer durablement et pourtant, il va falloir qu’on s’appuie fort dessus. C’est le gros, gros, gros chantier du bloc suivant, on va y consacrer des moyens. Mais pour moi, on a les prérequis pour progresser avec les joueurs, l’organisation capables de… Pour le moment, ce sont les vases communicants : quand la mêlée va mieux, la touche déconne. À chaque fois, c’est l’un ou l’autre. Je suis sûr d’être assez équipé en 1re ligne. Il faut qu’on mette une concurrence plus élevée, une émulation qui reste saine. Et qu’on assume nos choix et nos hiérarchies dès cet hiver. On a fait pas mal de rotations pour pleins de raisons en début de saison, certaines subies, d’autres décidées. Pour avancer, il faut des mecs qui veulent aller plus vite que les autres. L’objectif c’est de dégager une conquête dominante.
Vous êtes capables de battre Toulouse, La Rochelle ou l’UBB. Mais aussi de vous effondrer à domicile contre Toulon et le Stade Français. Où situez-vous votre Section ?
Aujourd’hui, sur quelque chose de chiffré et factuel, je nous situe à la 12e place, en situation d’urgence. On est capable de toucher le fond puis de tutoyer les étoiles, c’est notre instabilité et variabilité du moment. On va démarrer le bloc suivant dans l’urgence et y rester plusieurs week-ends, c’est évident.
Avoir dit clairement que vous jouiez le maintien semble avoir libéré les joueurs…
Je ne sais pas si ça a enlevé une pression sur eux mais ça a mobilisé tout le monde sur la nécessité de survivre. Je constate qu’on est capable de mobiliser des forces quand on est dans cette position. On verra dans quelques week-ends…
Pour autant, vous êtes plus près de la 7e place (4 points devant) que de la 13e (5 points derrière)…
Je ne veux absolument pas parler d’éléments comptables. On est 12e et si on vit d’autres mésaventures, on va batailler pour éviter la dernière place, espérer ne pas être barragiste, comme on l’a été jusqu’à la dernière seconde l’année où je suis arrivé. C’est surtout ce mode survie et absolu qu’il faut activer pour éviter les deux dernières places. On a toujours affiché que l’objectif prioritaire c’était de mettre deux clubs derrière nous. Aujourd’hui, je le maintiens car on n’a absolument aucun confort et on est toujours sous la menace. Jusqu’à ce qu’on ait un peu d’avance, si tant est qu’on soit capable d’en avoir, la priorité est là…
Vous vivez donc sans certitudes…
C’est notre groupe actuel, on est construit comme ça donc je n’ai absolument pas de certitudes. Le côté rassurant de cette grosse variabilité c’est que ça veut dire qu’on est en pleine transformation. Le côté inquiétant, c’est qu’on n’est pas stable, ni constant. Ceux qui pensent que deux performances d’affilée c’est de la constance, j’ai envie de les secouer, leur dire que ce n’est pas la réalité. Ce sera le cas quand on arrivera, idéalement sur un bloc entier, à livrer des prestations assez égales, à être rudes et robustes.
Comment expliquez-vous cette inconstance ?
J’identifie que c’est beaucoup lié à la confiance en nous. Ce groupe doit mûrir et allier trois choses : se sentir en mode survie pour être lucide et générer le plus d’énergie possible, faire preuve d’encore plus d’exigence quotidienne les uns envers les autres, pour au final générer de la confiance. On a quelques fois été remplis de cette énergie et de cette exigence. Mais le Top 14, ce n’est pas quelques fois sinon ça s’appelle descendre. Biarritz l’an dernier a été brillant quelques fois…
Les leaders de l’équipe sont-ils aujourd’hui trop gentils ?
Le leadership est beaucoup dicté par les évènements que tu subis : on en a vécu des heureux, beaucoup de traumatisants donc ça fait de l’expérience pour nos leaders. Ils vont en sortir plus forts, marqués, différents. On garde le même cap mais chaque individu à l’intérieur doit être différent. Nos joueurs, mais plus particulièrement nos leaders et notre staff doivent changer. Le rugby est un sport de décisions, où il faut trancher avec courage et conviction. Il est fait pour des acteurs, des garçons qui se prennent en mains et savent où ils veulent aller. Donc je dis : « Acteurs, levez-vous et restez debout ! »
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