Tout avait pourtant bien commencé, le 28 août dernier, quand Lenaïg Corson a débarqué à Londres. Une nouvelle aventure, sportive et humaine, démarrait pour la joueuse de rugby de 33 ans, toute jeune retraitée du XV de France (30 sélections) et qui n’entrait plus dans les plans du staff tricolore.
La Costarmoricaine était aux anges. D’abord un contrat d’un an aux Wasps de Londres, l’un des clubs les plus prestigieux d’Angleterre. « Je n’ai signé qu’un an parce que je voulais être sûre de mon choix, savoir si je pouvais tenir le rythme et la charge, explique la deuxième ligne. Et on m’a rapidement proposé de signer une année supplémentaire. »
Ensuite la découverte d’un nouveau pays où le sport est roi. « Je suis partie pour vivre une expérience, sortir de ma zone de confort, apprendre l’anglais, connaître la vision anglo-saxonne, très différente de la nôtre et bien plus en avance que la France sur le sport-business et la promotion du sport féminin. Je suis aussi venue chercher des bonnes idées, de l’inspiration », confie la joueuse, originaire du Vieux-Marché (22) et passée par le Stade Rennais et le Stade Français.
De son nouveau logement – « à cinq minutes à vélo de mon club et à 30 minutes du centre de Londres, parfait pour découvrir, aller faire ma touriste, assister à des événements » – à son nouveau club – « j’ai trouvé une deuxième famille et c’est très important lorsque l’on est loin de la sienne, de la Bretagne, des ses amis »-, l’adaptation semblait idyllique. Semblait, car les nuages sont vite arrivés dans ce grand ciel bleu. « Trois jours après mon arrivée, on m’a envoyé des articles sur la situation des Wasps et leurs difficultés financières. Je me suis dit : “C’est quoi ce bordel ! “. Sincèrement, je ne croyais pas cela possible. »
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Moins de deux mois et trois petits matchs plus tard, la nouvelle tombait. « Le lundi 17 octobre, on nous a annoncé que le club était en liquidation judiciaire et que 167 personnes étaient licenciées, dont moi car j’avais un contrat pro. On m’a dit qu’il n’y avait plus de salaire pour personne. Beaucoup de joueuses de mon équipe travaillent par ailleurs donc, pour elles, c’est moins catastrophique. Ça ne change pas trop leur vie alors que moi, je me suis retrouvée sans emploi et sans club. »
Un sacré coup de massue pour celle qui fut élue meilleure 2e ligne du monde en 2017, l’année où elle décrocha la troisième place de la Coupe du monde avec le XV de France. Mais ne comptez pas sur elle pour baisser les bras : « Revenir en France, il n’en est pas question. La facilité serait de rentrer mais ce n’est pas mon style. Je suis déterminée et je suis venue pour vivre une aventure en Angleterre, elle se complique et c’est un nouvel obstacle à franchir. Quand on est sportif de haut niveau, on vit des hauts et des bas, ça fait partie des bas. Il faut faire face ».
Alors que Londres compte deux autres clubs de rugby avec une équipe féminine de haut niveau (les Harlequins et les Saracens), Lénaïg Corson attend « de voir comment la situation aux Wasps va évoluer. L’équipe féminine va continuer en amateurs avec un budget nettement moins important. Nous avions un staff professionnel, quasiment 100 % avec nous. Tout le monde m’a aidée à m’intégrer mais la réalité sportive et financière est présente et je ne peux pas vivre d’amour et d’eau fraîche », dit-elle dans un sourire avant d’ajouter : « J’ai 33 ans mais tant que tu sens l’envie, que dans la tête et le corps tu te sens bien… Et j’ai une carrière derrière moi qui me laisse penser que je peux rebondir ».
Rebondir sans doute, mais Lenaïg Corson devra encore attendre et franchir un nouvel obstacle : son visa. « Avec le Brexit, il faut un visa sportif pour jouer en Angleterre et ça prend énormément de temps pour l’obtenir. J’avais postulé au visa mais comme les Wasps n’existent plus, ma demande a échoué. Je ne vais pas jouer pendant un petit moment et ça va rajouter de la frustration, mais ça ne m’empêchera pas de m’entraîner. »
Et encore moins de laisser tomber : « Les gens disent de moi que je ne lâche jamais rien. J’ai enclenché pas mal de rendez-vous en visio, à la fois avec des clubs et des entreprises pour chercher un emploi en lien avec le sport et l’environnement, mes domaines de prédilection. J’ai quelques pistes et on va voir où je vais atterrir ».
Touchée mais pas coulée, la Bretonne a déjà repris son destin en main : « J’avais fait mon choix et je trouverai toutes les solutions possibles pour rester en Angleterre, pour vivre l’expérience que j’ai vraiment envie de vivre ».