Une chance sur trois ? Soit 33,33333333333333333 % de possibilités de titre ? Je crains malheureusement (ou heureusement d’ailleurs, c’est le sport qui doit décider et non l’informatique) que les plus pointus des ordinateurs ne nous soient d’aucun secours. Bagnaia sera champion du monde 2022 ou non voilà le criant truisme des trois GP qui à deux seuls feront la saison 2022… Beaucoup de bruit pour rien ? Ou pour plagier Shakespeare « Much Ado About Nothing »… Non, parce que ce championnat réduit à trois GP sera à priori d’une beauté sauvage. En attendant Bagnaia a révélé un peu qui il est à nos confrères italiens. C’est parfois étonnant… D’abord quelques brèves pour savoir ce qui se passe ailleurs.
Saudade... Pourquoi utiliser ce très beau mot portugais ? (Titre de la plus belle chanson de Cesaria Evora). Car il n’a pas de traduction en Français, c’est un mélange de mélancolie, de nostalgie et d’espoir, exactement ce que ressentent les fans de Quartararo en ce moment. Quartararo serait donc le plus mauvais d’un quintette ? Et oui dans un groupe de rock, une équipe de rugby, de Hockey sur glace, de NBA (basket USA) de Handball, nouveau truisme, il y a forcément un mec plus fort que les autres et un autre qui est le moins bon. C’est le cas de Quartararo en fin de saison MotoGP. Il a pris 47 points en six GP, Aleix Espargaro 48, Bastianini 75, Miller 88, Bagnaia 111. Mais ce qui est intéressant est la totalité de la saison, pour l’instant Quartararo est toujours le meilleur, de peu mais le meilleur. Rappel : Il suffit d’un seul point de plus que les autres pour être titré…
Mir sera de retour en Australie. Oh certes c’est probablement le champion le plus discret et le plus transparent de l’histoire du MotoGP (il y aurait bien aussi Nico Terol mais c’était la dernière saison courue en 125) et on ne pense pas qu’il soit dangereux pour Marquez. Il sera en revanche à priori moins intéressant que Pedrosa parce que le petit Pedro gagnait aussi des courses et était un metteur au point modèle, équipier idéal finalement pour un mec comme Marquez… .
Le GP de France 2023 a déjà vendu toutes ses 25 000 places en tribune ! C’est évident, on est un peu comme aux fauteuils d’orchestre au concert, on est au sec s’il pleut, en plus les tribunes sont souvent réparties par pilote, on se retrouve ainsi entre milliers de fans de l’on ou l’autre participant, l’ambiance est géniale et le bruit qui se répercute sur le toit est assourdissant. Il y a des GP cette année qui n’ont pas fait ça au totalC’est marrant d’ailleurs, les tribunes sont les places les plus chères (autour de 155 euro en prix d’entrée de gamme) et celles qui sont vendues en premier. L’organisateur a demandé en préfecture l’autorisation d’en monter d’autres, qui seront vendues avant d”être bâties. Il y a un tarif promo sur les places les moins chères jusqu’au mois d’avril, on est sur le gazon mais il y a quelques milliers de places libres en tribune et ces billets donnent droit à plein de trucs, l’explication du succès est là, le spectateur est privilégié. En plus il y a des Français, peu mais il y a, en MotoGP et Moto3.
C’est vrai que le garçon est discret, il ressemble à un barman me dit souvent un pote, il est vrai aussi que son statut de star montante existe seulement depuis quelques mois et le sport est pire que le désert et la mer, somptueux un jour, assassin le lendemain... Surtout chez les Italiens d’ailleurs, un champion peut être adulé puis haï plusieurs fois par an.
En début de papier j’ai parlé d’un pourcentage de chances d’être titré, on en est loin puisqu’en plus Aleix Espargaro doit non seulement gagner mais rattraper un nombre de points ridicule en début d’année mais énorme quand la saison se réduit à trois GP. Il doit y avoir des informaticiens qui ont inventé des logiciels de folie, juste pour le plaisir mais que peuvent les ordinateurs ? Ils sont arrivés à déterminer que le Christ est né en l’an VI ou ils peuvent calculer quand tel ou tel astéroïde va nous frôler (ou nous toucher mais là comme les dinosaures ne sont plus là pour disparaître, ce sera nous) bref ces machines évidemment incapables de deviner l’avenir ne nous sont d’aucun secours. Quand on voit d’ailleurs qu’ils sont déjà incapables de calculer correctement le temps qu’il va faire (chaque stand devrait s’offrir un marin de pêche retraité de l’île de Sein qui lui dirait avec certitude ce qui va se passer…) alors réussir un pronostic sur un truc aussi imprévisible qu’un GP moto… On va laisser ça aux parieurs dont les martingales valent bien les calculatrices les plus performants au monde…
Bagnaia a été invité d’honneur de l’émission italienne Stasera c’è Cattelan de mon confrère Alessandro Cattelan sur la chaîne Rai Due (on prononce Stasera tchè Cattelan sur la Raï doué) qui reçoit les personnalités du monde artistique avec séquences musicales superbes, un genre d’Ardisson en forme quoi. Ce qu’il a dit sur le mondial en cours, sur Quartararo et sur Rossi est intéressant… Avant l’Australie, le pilote turinois est repassé chez lui (à peine six heures de vol depuis la Thaïlande mais 22 minimum pour repartir en Australie !) et bien entendu il est en ce moment une sorte de héros alors la presse se rue sur lui…
Il est déjà d’accord avec notre analyse à tous « C’est comme si on recommençait le Championnat du Monde avec trois courses” mais, là aussi il m’épate, moi qui ai passé ma vie professionnelle en avion et à me coller des nuits blanches infernales, en tous cas en voyageant vers l’est, le décalage horaire ne l’empêche pas de dormir paisiblement , pas plus que la pression du championnat (pour rêver il faut bien s’endormir me glisse un ami italien...)
Sur la pression du championnat c’est probablement l’une des grandes qualités des grands champions, cette faculté de dormir normalement alors que l’on a une vie anormale, j’ai eu de très jolies conversations sur ce point avec Alain Prost. Il y a encore plus fort chez les marins qui courent le monde à la voile, ils arrivent à s’endormir sur commande mais pas plus de 15 minutes à chaque fois, ils suivent une formation sur ce point, je ne sais pas si Bagnaia en a le don naturel mais ce qui est sûr c”est que c’est un énorme plus. J’ai assisté au contraire, en dormant dans le même hôtel que Senna, ma fiancée est sortie en pleine nuit pour fumer une cigarette et au petit dej le lendemain Senna lui a dit en français un énorme bonjour… J’ai demandé si elle savait qui c’était, elle m’a juste dit qu’elle avait parlé avec lui en bord de mer à deux heures du mat mais qu’il ne lui avait pas dit qui il était…L’élégance de ce mec est vraiment phénoménale mais le fait de ne pas dormir a eu la conséquence prévue, il est sorti de piste au double droit du Beausset. Pardon de vous raconter ma vie mais là il y a une vraie preuve que le sommeil est l’artisan numéro un d’une victoire…
Bagnaia a aussi parlé de Quartararo, considéré comme son principal adversaire, aux points en tous cas. « Il y a un grand respect, ce qui est le plus important. Nous nous connaissons vraiment depuis de nombreuses années. Je l’ai rencontré lors de la présentation de mon équipe en Italie, présentée à la fois en Espagne et en Italie. À partir de ce moment-là, nous avons presque toujours roulé ensemble. Il a été très constant cette année (ce qui est vrai comparé à un Bagnaia qui a six victoires mais cinq chutes en course au compteur 2022). Il a connu plus de hauts et de bas ces dernières années – il était également le leader de la Coupe du monde en 2020, mais a ensuite perdu. L’année dernière, il a réussi à remporter le titre. Cette année, il a réussi à être très régulier, même si je pense que sa moto est inférieure à la nôtre. Donc il a très bien fait.”
C’est très bien envoyé, pas totalement méchant mais il le pense vraiment, la Ducati est la moto la plus aboutie du plateau. Et c’est assez confirmé par le nombre hallucinant de victoires de la marque cette année, 11 sur 18 GP, même si les chiffres ne disent pas tout, ceux-là sont indiscutables. Il est vrai qu’il y a huit Ducati en course mais seulement trois ont gagné, Bagnaia six fois, Bastianini quatre, Miller une. Les autres ont fait perdre des points à Quartararo et Aleix Espargaro, c’est d’ailleurs la seule ombre qui entachera l’éventuel titre de Bagnaia en 2022, mais la morale n’a pas grand-chose à voir dans la guerre…
Catellan lui a évidemment demandé, c’est une question incontournable aujourd’hui, à quelle époque il aurait aimé courir. « A la fin des années 1990 ou au début des années 2000, car il n’y avait pas de réseaux sociaux à l’époque, ce qui facilitait certainement tout. J’ai fait un grand pas à cet égard, je ne regarde plus les commentaires et ces autres trucs. Parce que je n’ai pas à leur prouver que je suis rapide, mais à moi-même et aux gens qui travaillent avec moi. »
Même s’il menace notre Fabio national, il me plaît décidément ce mec. Ce type de com (en général bourré de conneries, c’est pire qu’une discussion de comptoir entre mecs bourrés après un match de foot !) est l’un des cataclysmes naturels du 21ème siècle car il permet à des gens extrêmement dangereux (des terros barbus à Poutine en passant par ce dictateur raté qu’est Trump) de mettre sur la table comme étant réels des faits et des affirmations inexistantes. Si l’humanité était une fusée pilotée par les réseaux sociaux, aucune n’aurait quitté Kourou, Cap Kennedy ou Baïkonour parce qu’elle aurait explosé dès la mise à feu des moteurs…
Enfin, on est en Italie, impossible de ne pas parler de l’un des plus grands d’entre eux, Valentino Rossi. Pas le plus grand par les chiffres, il est moins titré qu’Agostini mais probablement le plus emblématique des pilotes italiens… « J‘aurais aimé l’affronter à sa grande époque, à son plus haut niveau (en 500 et MotoGP, de 2001 à 2009, Bagnaia avait alors entre quatre et douze ans !). Cela dit il aurait fallu que je tire la victoire d’un GP à la courte paille pour avoir une chance de le battre… Néanmoins, j’aurais aimé au moins me battre avec lui. Il était tellement plus grand que tout le monde qu’il est hors compétition, personne ne sera jamais comme lui. Donc, de ce point de vue, il y a moins de pression. Mais il est également vrai qu’aucun Italien n’a remporté le titre MotoGP depuis 2009. Justement parce qu’il y a les réseaux sociaux, on ressent beaucoup plus ce truc.”
Jugement d’une justesse affolante car maintenant il faut se battre contre les autres marques, les autres pilotes mais aussi les réseaux sociaux toujours avides de condamnations à mort… Ou de construction d’un piédestal aux pieds d’argile…
Voilà, cela m’évitera d’écrire un panégyrique s’il est titré, je ne l’aurais pas fait d’ailleurs, je ne suis pas adorateur mais passionné et cela n’a pas changé depuis quarante piges…

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