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ENTRETIEN. Le commentateur de France 2 analyse le match du XV de France contre les All Blacks, la dangerosité du rugby et l’inflation des droits sportifs.
Douze ans que le XV de France n’avait pas gagné contre les All Blacks. Pour son troisième et dernier match test de l’automne, diffusé samedi soir sur France 2 et suivi par 6,3 millions de téléspectateurs, il s’est imposé 40-25 au Stade de France. Depuis deux ans, sous la houlette de Fabien Galthié, l’équipe tricolore se montre solide, avec de bons résultats, même si elle n’a pas réussi à gagner le tournoi des Six Nations. Face aux Kiwis, qui ont perdu leurs matchs contre l’Afrique du Sud et l’Irlande, les Français, avec leur solide charnière toulousaine formée par Antoine Dupont et Romain Ntamack, ont frappé un grand coup. Ils n’avaient pas battu les All Blacks depuis 2009. Décryptage du match, de ses enjeux, de la popularité et la dangerosité du rugby mais aussi des droits sportifs avec Matthieu Lartot. Il a commenté le match samedi soir avec Dimitri Yachvili, aidé sur le terrain par Cécile Grès, Cédric Beaudou et Vincent Clerc.
Le Point : Le match du XV de France féminin contre la Nouvelle-Zélande a réalisé une bonne audience le week-end dernier avec 1,5 million de téléspectateurs. Quel regard portez-vous sur le rugby féminin ?

Le commentateur de France Télévisions, Matthieu Lartot. © STEPHANE ALLAMAN / Stephane ALLAMAN / DPPI via AFP

Matthieu Lartot : Le public est au rendez-vous à chaque fois que France Télévisions diffuse les filles pour des matchs événements. Le jeu de rugby féminin rappelle sans doute aux nostalgiques les grandes heures du rugby amateur, un jeu de mouvements fait d’évitements. C’est un rugby très attrayant à regarder et à commenter. L’équipe de France féminine lutte chaque année pour gagner le tournoi des Six Nations face aux Anglaises et fait des podiums à presque chaque Coupe du monde. Cela se reflète dans les bonnes audiences. J’espère que leur victoire (38-13, NDLR) va ouvrir la voie aux hommes.
Justement, dans quelle forme se trouve le XV de France pour aborder ce défi face aux All Blacks ?
On a vécu une décennie très difficile entre 2011 et 2019, avec trois Coupes du monde douloureuses. Mais depuis deux ans, l’équipe va beaucoup mieux. Sous l’ère Fabien Galthié, elle tourne à presque 70 % de victoires, avec 13 victoires en 19 matchs. Elle vient d’ailleurs de gagner ses deux test-matchs contre l’Argentine (29-20) et la Géorgie (41-15). Ce retour des résultats va de pair avec l’attrait du grand public. Depuis deux ans, les audiences remontent en flèche. Le tournoi des Six Nations a fait cette année sa meilleure audience depuis 10 ans.

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Que représente cette confrontation sur le plan symbolique ?
France-Nouvelle Zélande au rugby, c’est comme un France-Brésil au football. C’est l’affiche qui fait rêver tout le monde. Il y a eu d’immenses confrontations entre les Bleus et les All Blacks. Je pense à la finale de 2011, mais aussi à la demi-finale de 1999 où la France renversa la grande équipe de Jonah Lomu. Ces grandes rencontres ont valeur d’étape sur le chemin de la gloire ou de l’infortune des Français. Les All Blacks, même s’ils n’ont terminé que troisième à la dernière Coupe du monde, gagnent 80 % de leurs matchs. La France, sur 62 matchs, n’a gagné que 11 fois contre eux, pour un nul. Le XV de France a une très bonne opportunité pour s’étalonner à deux ans d’une Coupe du monde face à ce qui se fait de mieux sur la planète rugby. Ce match va en dire long sur ce qu’elle peut faire, d’autant que ce sera le seul rendez-vous entre les deux nations jusqu’au match d’ouverture de la Coupe du monde 2023. On a envie de revivre une victoire contre les All Blacks.
Quelles sont les forces du XV de Fabien Galthié ?
Sa grande force est d’être composé de jeunes joueurs programmés pour le haut niveau de performance. Elle possède une ossature toulousaine très forte avec Antoine Dupont et Romain Ntamack, Cyril Baille, François Cros… Ils sont 11 dans le groupe France. Ces joueurs ont réalisé l’année dernière le doublé le Top 14 et la Coupe d’Europe. Certains d’entre eux ont été champions du monde avec les moins de 20 ans. C’est la première véritable génération issue du professionnalisme, biberonnée depuis toute petite au ballon ovale. Elle croit énormément en son potentiel, ce qui la différencie peut-être de la génération qui l’a précédée. Sur les 19 derniers matchs, cette équipe n’a jamais été « cabossée » par une autre nation. Elle rivalise avec les meilleures nations et a perdu de très peu à la Coupe du monde en Australie. Au sein de chaque ligne, il y a un joueur qui pourrait être dans un XV mondial. Cyril Baille est peut-être le meilleur pilier gauche du monde. Antoine Dupont sera probablement élu meilleur joueur du monde à l’issue de la saison. Romain Ntamack et Matthieu Jalibert font partie du Top 5 mondial des demis d’ouverture. Et puis l’encadrement a de grands spécialistes, comme l’expert sud-africain Vlok Cilliers du jeu au pied, le meilleur technicien de la défense, l’Anglais Shaun Edwards… Ces dernières années, les observateurs nous qualifiaient de géants endormis. Ils ont changé leur regard. La France est redevenue une grande nation de rugby.
Que manque-t-il aux Bleus pour gagner enfin le tournoi des Six Nations après douze années de disette ?
Si on regarde les six défaites depuis deux ans, elles se jouent dans les dernières minutes. L’équipe ne craque pas physiquement à l’heure du jeu, comme autrefois, mais sur ce « money time ». La faiblesse de cette équipe réside peut-être là : dans son endurance mentale.
Un mot sur le haka. Existe-t-il un meilleur spectacle au rugby ?
Depuis toujours, les All Blacks se distinguent par cette danse maorie. Quelque chose de très guerrier, qui doit pouvoir intimider les adversaires. Même si dans la culture néo-zélandaise, le haka est aussi une manière d’accueillir, front contre front. Au rugby, c’est l’expression d’une détermination et d’une intimidation à l’égard de l’adversaire. C’est le moment que tout le monde attend, le pic d’audience à la télévision. Seuls 5 joueurs français ont déjà joué en Nouvelle-Zélande. On se souvient du quart de finale à Cardiff à la Coupe du monde 2007 où les Bleus sont sur la ligne et finissent quasiment tête contre tête les Néo-Zélandais. Il faut savoir prendre la bonne distance et ne pas être trop spectateur à ce moment-là. En tant que commentateur, on se tait. C’est comme un hymne. Cela se respecte.
Le rugby reste-t-il populaire en France ?
L’audience s’érodait les dernières années en raison d’un manque d’incarnation. Désormais, tous les ingrédients sont là, avec des résultats positifs, des personnes identifiées par le très grand public, comme Antoine Dupont, qui résonne au-delà du microcosme du rugby, ou encore Romain Ntamack, qui vient d’une famille de rugby. Selon les derniers sondages, la cote de popularité du XV de France n’a jamais été aussi grande que ces deux dernières années. On peut espérer ce soir 6 à 7 millions de personnes devant l’écran si le match est serré, avec un pic à 8 millions.
Comment se passe votre duo avec Dimitri Yachvili après des années à commenter avec Fabien Galthié ?
Très bien. Je suis passé d’un numéro 9 Fabien Galthié à un autre 9, Dimitri, qui connaît très bien son sport et son histoire.
Comment appréhendez-vous le sujet des commotions cérébrales dont on parle beaucoup ?
Aujourd’hui, le moindre choc à la tête est sanctionné d’un carton jaune ou rouge. On essaie aussi de changer les règles, de baisser la ligne de placage et ne plus plaquer à deux. Le sujet interpelle le corps arbitral et les autres acteurs du rugby. On n’oublie pas les jeunes garçons décédés sur le terrain, comme Nicolas Chauvin du Stade français. L’Anglais Steve Thompson, champion du monde en 2003, qui a eu beaucoup de commotions et migraines, a dit qu’il léguera son cerveau pour la science quand il mourra. Mais le rugby est et restera un sport de contact qui sera de toute façon traumatisant. Comme le half-pipe en surf. Le risque zéro n’existe pas.

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Le marché des droits sportifs est en pleine ébullition. On l’a vu avec la Ligue 1 et la faillite de Mediapro, puis l’arrivée d’Amazon. Craignez-vous que France Télévisions perde les droits du tournoi des Six Nations ?
On assiste effectivement à l’arrivée de nouveaux acteurs puissants comme les Gafa, notamment Amazon. Les droits sportifs font partie des droits les plus chers. France Télévisions fait des efforts depuis de nombreuses années, et a réalisé un effort de guerre pour obtenir les droits des JO 2024. Cela aura fatalement des répercussions ailleurs. Sur le rugby, la frustration, quand on travaille à France Télévisions, c’est de voir partir la Coupe du monde sur TF1 tous les quatre ans. Cela fait partie du jeu de la concurrence. C’est le plus offrant qui gagne. Le tournoi des Six Nations a toujours été très important pour la chaîne. J’espère donc qu’on le gardera.
Au-delà du prix, il y a la question de la visibilité. Pour la Coupe d’Europe de rugby que France Télévisions diffuse depuis 1996, beIN Sports a acheté des droits pour 2018-2022. Du coup, France 2 ne diffusait plus qu’un seul match au lieu de deux. Les sponsors et présidents de club au début étaient très contents. Puis ils se sont rendu compte qu’ils y perdaient en visibilité et sont revenus vers France Télévisions pour faire deux affiches par week-end. Il faut se méfier des visions court-termistes à vouloir capitaliser sur un gros chèque, comme on l’a vu avec la Ligue 1 et Mediapro. Parfois, il vaut mieux rester raisonnable et assurer une plus grande visibilité à un sport. Sinon, on finira comme les Anglais avec des compétitions qui ne se consomment que sur des chaînes à péage à prix d’or.
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Décidément rien ne nous aura été épargné, après Salviac, Lartot. Les deux partagent à mon sens une incompétence certaine en la matière et surtout demeurent incorrigiblement chauvins, se refusant de regarder objectivement ce qui se passe hors de nos frontières.
Troisième victoire du trèfle sur les Blacks en 3/4 ans, la rose se venge sur les boks, beau parcours des jocks etc. Lors des dernières semaines. Comparez les résultats face à aux pumas de l’Irlande et la France… Rappelez-vous de votre sieste devant France Géorgie… Alors affectivement les nations du sud ont moins bien performé, mais le fait que lesdites nations viennent de passer plusieurs mois confinées et loin de chez elles expliquent certainement le phénomène. Sommes-nous donc redevenus une grande nation ? Au moins aussi grande que nos cousins outre Manche et mer d’Irlande ? Le plus difficile va commencer lors du tournoi à avoir… Confirmer. Pas gagné d’avance mais souhaitons leur.
Si Lartot avait eu la curiosité de lire la presse anglo-saxonne il aurait lu ce même commentaire mais signé Eddie Jones. Excusez du peu. Et puis c’est dommage qu’il continue – du reste comme d’autres commentateurs sportifs- à mal prononcer les prénoms anglo-saxons. Exemple Nigel Owens dont Ge se prononcer comme en français, je m’excitais déjà de la chose quand Nigel Mansell pilotait. Le talon Black Coles : son prénom est DanE et se dit donc phonétiquement Daine…
Ce symbole identitaire qui est reconnu comme normal chez certains peuples, ne serait pas admis chez d’autres peuples, entre autres, les peuples blancs, ou le terme “identité” est un gros mot. Le toujours “deux poids, deux mesures”. Mais il est vrai que le blanc hétéro doit s’agenouiller avant un match et battre sa coulpe.
À mettre autant en avant la culture maorie en général et le haka en particulier, sachant ce que les colons anglais ont fait aux populations autochtones en NZ. La lecture du site d’information de la télévision publique NZ est édifiante de ce point de vue. Il s’est passé la même chose en Australie. (Mais pas en Nouvelle-Calédonie, ni en Polynésie, ni à Wallis et Futuna qui sont françaises… )
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