Le pari est souvent jugé risqué. Parce que changer de club à un an d’une Coupe du monde, cela revient à sortir de sa zone de confort. À s’exposer en sortant d’un cadre de familier tout en forçant sa capacité d’adaptation pour intégrer un nouveau collectif. Cela au moment même où il faut démontrer son degré de compétitivité au sélectionneur.
Ce grand saut en avant, six joueurs internationaux l’ont osé durant l’été. Le deuxième (ou troisième) ligne Cameron Woki (23 ans, 19 sél), l’ailier Teddy Thomas (28, 28 sél), les ouvreurs Louis Carbonel (23 ans, 4 sél) et Antoine Hastoy (25 ans, 2 sél), le centre Pierre-Louis Barassi (24 ans…
Ce grand saut en avant, six joueurs internationaux l’ont osé durant l’été. Le deuxième (ou troisième) ligne Cameron Woki (23 ans, 19 sél), l’ailier Teddy Thomas (28, 28 sél), les ouvreurs Louis Carbonel (23 ans, 4 sél) et Antoine Hastoy (25 ans, 2 sél), le centre Pierre-Louis Barassi (24 ans, 3 sél) ainsi que l’arrière Melvyn Jaminet (23 ans, 12 sél). Tous prétendent à la liste de Fabien Galthié en juin prochain.
Après cinq saisons sous le maillot de l’UBB, Cameron Woki a choisi de rompre prématurément un contrat qui courait initialement jusqu’en 2023 pour rejoindre le Racing 92. Que le flanker de formation ait assuré que les tensions l’ayant opposé à Christophe Urios en fin de saison dernière n’ont pas pesé dans sa décision ne change rien à la problématique qui lui est proposée : prouver qu’il peut rester compétitif dans un nouvel environnement.
Installé en sélection en deuxième ligne depuis la tournée de novembre 2021 marquée par la victoire face aux Blacks, conforté par son statut de titulaire dans la conquête du Grand Chelem 2022, Cameron Woki jouit d’un grand crédit au sein du staff de Fabien Galthié. Il doit faire la preuve de sa régularité pour ne pas l’écorner.
Jacky Lorenzetti, le président du Racing, a déjà raconté à plusieurs reprises la discussion qu’il avait eue avec Serge Blanco il y a quelques années. Quand l’ancien arrière des Bleus lui a dit, lorsqu’il a recruté Teddy Thomas au Biarritz Olympique, qu’il tenait peut-être là le meilleur joueur du monde à condition qu’il parvienne à trouver « la clé ». Le dirigeant francilien y est-il parvenu ? Sept ans plus tard, le départ de l’ailier international au Stade Rochelais résonne comme un premier élément de réponse.
Le talent offensif de Teddy Thomas est intact. Redoutable finisseur, doté d’une vitesse sans pareille (près de 38 km/h), il doit cependant gagner en constance comme l’a souligné, dans un français tâtonnant sur le coup, son nouveau manager Ronan O’Gara : « Une semaine hyper fort, une semaine un peu dodo. » Au-delà des doutes récurrents soulevés par sa défense, Teddy Thomas doit aussi apporter auprès du staff de Galthié des gages quant à son implication dans le jeu courant, au-delà du seul couloir dans lequel il excelle.
Louis Carbonel est un fils de Toulon. Au point que son destin sportif soit intimement lié à la trajectoire de son club formateur. Petit flash-back. L’ouvreur n’aurait probablement pas quitté le RCT pour Montpellier s’il n’avait pas été impliqué dans les secousses qui ont précipité l’éviction de Patrice Collazo fin 2021. Déclaré persona non grata par sa direction suite à cet épisode, il s’est engagé avec le club héraultais avant de revenir en grâce et de participer à la bonne fin de saison toulonnaise.
Louis Carbonel a retrouvé des couleurs. Mais cette saison difficile n’a pas été sans conséquence. Jusque-là numéro 3 dans la hiérarchie des ouvreurs français derrière Romain Ntamack et Matthieu Jalibert, il a décliné au point d’être dépassé par Antoine Hastoy. Sa nouvelle aventure dans l’Hérault lui offrira-t-elle un nouvel élan ?
Il a souvent eu pour particularité d’avoir disputé plus de matchs au niveau international qu’en Top 14. Melvyn Jaminet a fini par faire basculer son petit compteur personnel en fin de saison sous le maillot de Perpignan. Là-bas, chez le promu catalan, l’arrière a incarné la belle histoire vantée par Fabien Galthié. Celle de l’Ovni qui, du fin fond de la Pro D2, a réussi à percer au plus haut niveau.
Cet été, Melvyn Jaminet est passé au stade supérieur à Toulouse. N’ayant raté qu’un seul match du XV de France depuis la tournée de juillet 2021 en Australie, ce buteur régulier apparaît comme une valeur sûre au poste. Ces certitudes vont néanmoins être sacrément éprouvées par la concurrence régnant au sein du vestiaire du club le plus titré de France. Dans la Ville rose, le Varois va notamment être en concurrence frontale avec Thomas Ramos. Un pilier de l’effectif toulousain dont l’influence va au-delà de ses indéniables qualités rugbystiques qui font de lui l’un des arrières les plus performants de France ces dernières saisons.
Roi dans son jardin, Antoine Hastoy a décidé de se confronter au grand monde. Une telle introduction peut sembler caricaturale. Elle n’est pas fausse pour autant. Meilleur marqueur de son club avec 8 essais, deuxième meilleur réalisateur du Top 14 dans son rôle de buteur, le Palois a inscrit la saison dernière près de la moitié des points de son équipe.
En prenant la direction d’un Stade Rochelais champion d’Europe, l’ouvreur international, qui a connu ses deux sélections lors des tournées de juillet 2021 et 2022, a décidé de passer à la vitesse supérieure. Un défi risqué pour ses ambitions en sélection. Mais il peut tout autant projeter ce puncheur vers la Coupe du monde alors qu’il apparaît aujourd’hui comme le numéro 3 dans la hiérarchie tricolore derrière Romain Ntamack et Matthieu Jalibert.
Pierre-Louis Barassi n’a plus été sélectionné en équipe de France le dernier test perdu en Australie (33-30) durant la tournée de juillet 2021. Mais Fabien Galthié conserve un œil sur cet attaquant rapide et protée. Champion du monde avec les moins de 20 ans en 2018, il a quitté Lyon pour tenter sa chance à Toulouse. Un rude défi. Mais s’il le relève, son exposition sera garantie.
Suffisant pour s’ouvrir les portes du groupe France ? Au vu de la concurrence, ses seules concurrences ne suffiront peut-être pas. Gaël Fickou, Jonathan Danty, Yoram Moefana, Arthur Vincent et même Virimi Vakatawa ont une longueur d’avance.