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C’est un géant (2,03m, plus grand joueur de l’effectif) qui a posé ses valises sur la rade, début juillet. Après cinq saisons à Clermont et un court retour en Australie, Sitaleki Timani a donc choisi de venir apporter son expérience à l’effectif toulonnais. Son admiration pour Franck Azéma, son impossibilité de se faire vacciner, son enfance aux Tonga ou sa passion pour la musique, ce globe-trotter du rugby conte ses 1.000 vies.
Pourquoi avez-vous choisi de rejoindre Toulon cet été?
Je sentais que je n’en avais pas fini avec le rugby. J’avais encore faim. Alors mon agent a prospecté. Quelques clubs m’ont contacté mais, quand le RCT m’a proposé et sachant que Franck (Azéma) était l’entraîneur, j’ai foncé.
Mais pourquoi n’êtes-vous pas resté à la Western Force?
Nous étions obligés de nous faire vacciner pour jouer. Et j’avais une problématique médicale qui ne me le permettait pas. J’ai rencontré des spécialistes, mais ce n’était pas possible. C’était donc une question de santé, sur laquelle j’aimerais ne pas m’étaler. Mais ce n’était pas ma décision, ni quelque chose lié à des convictions religieuses ou autres.
N’aurait-il pas été possible d’avoir une exemption?
On a essayé d’obtenir une exemption médicale avec le club, mais c’était impossible. Alors il a fallu choisir entre me faire vacciner avec le risque que ça impliquait, ou quitter le Super Rugby, et je ne voulais pas prendre de risque avec ma santé. J’ai donc continué de m’entraîner avec la Force, mais arrivé les premiers matchs, on m’a dit que je ne pouvais pas jouer. La retraite? Je ne l’ai pas envisagé.
Au point de revenir en Europe? Pourtant, vous aviez quitté Clermont en février 2021, justement parce que vous vouliez retrouver l’Australie…
Quand la Covid-19 a frappé, nous avions besoin de nous retrouver en famille. Revenir en Europe un an et demi plus tard n’était pas le plan. Je voulais rentrer en Australie, sans penser au rugby. D’ailleurs, je n’avais pas de contrat, ni même de proposition à ce moment-là. J’avais accepté que c’était terminé, probablement… Je commençais même à chercher un travail “classique”. Sauf qu’après deux semaines de quarantaine à Perth, et alors que je devais rentrer à Canberra, d’où est originaire ma femme, un deuxième ligne de la Western Force s’est blessé, et on m’a demandé si j’étais OK pour jouer, alors j’ai accepté.
Comment cela s’est passé?
J’ai joué la première saison, jusqu’en juin 2021, date de mon dernier match avec la Force. Ensuite, je suis allé à un camp d’entraînement avec les Wallabies pendant trois ou quatre mois, mais je me suis blessé dès la première semaine, donc je n’ai pas joué. Ensuite, je suis revenu à Perth, j’ai fait la présaison de trois mois, les deux matchs amicaux en février, mais je n’avais plus l’autorisation de jouer en Super Rugby… J’ai donc trouvé un petit club, d’un niveau de Fédérale 1, qui s’appelle Wanneroo. J’ai joué deux matchs, et me voilà de retour en France.
Comprenez-vous que les supporters clermontois, qui vous estimaient beaucoup, aient pu être surpris par ce retour? Que souhaitez-vous répondre?
Les choses qui se passent en famille appartiennent à la vie privée. Et doivent le rester. Je n’ai pas envie de me justifier.
Parlons désormais de vous. Vous êtes né à Navutoka en 1986. Qui était Sitaleki enfant? Et de quoi rêvait-il?
Je suis le quatrième d’une famille de sept enfants: quatre filles et trois garçons. Et quand j’étais jeune, mon papa faisait de la plongée sous-marine. Il péchait, avait sa petite entreprise, son bateau. Je voulais faire comme lui… Il est finalement décédé quand j’avais 7 ou 8 ans. Il a été blessé dans l’eau, est allé à l’hôpital mais c’était trop tard… C’était dur, et je crois qu’à partir de ce jour, j’ai arrêté de rêver. Je voulais juste vivre ma vie d’enfant, aller courir, aider à cultiver, me baigner, pêcher et être heureux.
Que faisait votre maman?
Elle restait à la maison. Sept enfants, c’est du boulot (sourire). Ses parents vivaient aux États-Unis et ils nous aidaient, nous envoyaient un peu d’argent, de nourriture. On vivait simplement.
Quid du sport?
Navutoka est un village de 1000 à 3000 habitants, où le sport principal est le football. Donc j’y ai joué toute mon enfance, jusqu’à représenter les Tonga en U16 et U18, lors de matchs en Australie. Ces voyages m’ont ouvert sur le monde. Ils ont changé ma vision de ma vie et, là, je me suis dit: “Je dois travailler dur.” Nous étions pauvres et je voulais aider ma famille
Mais comment pouviez-vous faire du foot avec ce physique hors-norme?
À l’époque, j’étais grand et maigre (rires). Je faisais peut-être 85kg, je jouais défenseur ou gardien. J’ai finalement démarré le rugby en rentrant au collège, à 17 ans. Je n’y avais jamais joué avant, mais j’aimais ce sport, je le regardais à la télé mais ne pouvais le pratiquer. Et c’est probablement la finale de la Coupe du monde 2003, avec le drop de Jonny Wilkinson, que j’ai regardé sur la télé de mon voisin, qui m’a vraiment donné envie de changer de sport.
Et alors?
La première fois que j’ai joué rugby, j’ai représenté les Tonga pour l’école. Je ne sais même pas comment c’était possible, mais j’étais peut-être suffisamment costaud pour être appelé (sourire). Et après un an, j’ai obtenu une bourse qui m’a permis d’aller en Nouvelle-Zélande, à la Auckland Grammar School, où j’ai joué deux saisons.
N’est-ce pas trop compliqué, quand on a 18 ans, de quitter son pays?
Tu as toujours vécu dans ton petit village aux Tonga, et d’un coup tu arrives dans une immense ville, avec des buildings, tout va super vite, tu es en internat, tu ne parles pas anglais. J’ai rapidement eu le mal du pays… Je disais à ma mère que j’allais rentrer, mais je devais aller de l’avant.
Aviez-vous des passions?
La musique. J’en écoutais tout le temps. Du reggae, du rap, tout ce que je trouvais. Je récupérais toutes les radios, les cassettes qui étaient jetées dans les poubelles, je remontais dans ma chambre et j’en écoutais après l’école, le soir, tout le temps.
Et comment, finalement, vous retrouvez-vous à rejoindre l’Australie?
En Nouvelle-Zélande, c’était dur d’être titulaire, même à l’école, car il y avait énormément de super joueurs. Et un agent australien m’a proposé de venir, alors j’ai accepté. Sauf qu’en Australie, je ne pouvais obtenir de contrat en Super Rugby. À l’époque, il fallait avoir vécu en Australie depuis trois ans pour être éligible. Donc j’ai joué deux saisons à XIII, chez les Cronulla Sharks, puis j’ai rejoint la Western Force.
Au bout de deux ans? Pourquoi pas trois?
Car je voulais vraiment jouer au XV. Je me suis entraîné avec la Force pendant un an, et je jouais en ARC, la deuxième division en Australie. Et la saison qui a suivi, j’ai fait le premier match de la saison avec la Force. Sauf qu’ensuite, la Fédération australienne m’a expliqué qu’il fallait que j’attende la blessure d’un mec pour jouer à nouveau, car je n’avais pas exactement trois ans sur le territoire… Et avec un peu de patience, j’ai fini par jouer à la Force, avec Matt Giteau ou encore Drew Mitchell. Ensuite, j’ai signé aux Brumbies, à Canberra, où j’ai rencontré ma femme. Puis trois saisons aux Warathas. Enfin, en 2013, j’ai rejoint Montpellier.
Pourquoi, alors rejoindre la France?
Je venais de me marier et, en Australie, il faut faire énormément de kilomètres pour le rugby. Pendant six mois, tu ne vis pas chez toi et je voulais une vie plus stable, plus simple pour ma famille. Je savais qu’en France, le week-end, tu partais maximum deux jours pour un match avant de rentrer à la maison. J’avais besoin de cela, je ne voulais pas sacrifier ma famille pour le rugby.
Dix-huit ans aux Tonga, deux en Nouvelle-Zélande, sept en Australie, bientôt neuf en France. Quel est votre pays?
Je suis bien Tongien (sourire). Je ne peux pas oublier d’où je viens. C’est ce qui m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui. Je sais où j’ai grandi, ce que j’ai découvert. Je ne pourrais jamais l’enlever de mon cœur.
Si vous parliez au petit Sita de Navutoka, serait-il fier?
Désormais, il le serait. Je lui dirais de ne pas avoir de regrets dans ce qu’il a entrepris. On fait tous des erreurs, on a des hauts, des bas et personne n’est parfait. Mais oui, je pense.
Pourquoi “désormais”?
Je n’ai pas toujours tout bien fait. J’ai beaucoup grandi, et je suis fier depuis 11/12 ans… Quand j’avais vingt ans, j’ai fait des erreurs, mais j’ai appris grâce à elles. Ça fait partie du process… Le plus gros changement dans ma vie fut le moment où j’ai donné ma vie au Christ. À Jésus. Quand j’avais 23 ans. Il m’a permis de grandir. J’étais déjà chrétien, mais j’ai appris à construire ma foi, j’ai compris des choses. C’est le plus gros changement dans ma vie.
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