Après la joie et la fierté d’avoir qualifié le Portugal, êtes-vous déjà passé à la phase « inquiétude, anxiété » en vous projetant sur la Coupe du monde ?
Non. La phase « inquiétude, anxiété » je l’aurais eu si nous nous étions qualifiés directement. Parce que la poule avec l’Afrique du Sud, l’Irlande et l’Écosse, elle me faisait très peur. L’Irlande et l’Afrique du Sud, ce sont avec la France les équipes les plus physiques du rugby mondial. Là, c’est différent. Les Géorgiens, on les connaît. Les Fidjiens, on ne les a pas joués. C’est une équipe merveilleuse mais qui peut avoir des trous d’air. Et le pays de Galles n’a pas l’air dans son assiette. Disons que cela fait un peu moins peur. Mais ce n’est peut-être pas une bonne…
Non. La phase « inquiétude, anxiété » je l’aurais eu si nous nous étions qualifiés directement. Parce que la poule avec l’Afrique du Sud, l’Irlande et l’Écosse, elle me faisait très peur. L’Irlande et l’Afrique du Sud, ce sont avec la France les équipes les plus physiques du rugby mondial. Là, c’est différent. Les Géorgiens, on les connaît. Les Fidjiens, on ne les a pas joués. C’est une équipe merveilleuse mais qui peut avoir des trous d’air. Et le pays de Galles n’a pas l’air dans son assiette. Disons que cela fait un peu moins peur. Mais ce n’est peut-être pas une bonne analyse.
Est-ce que votre équipe possède une vraie marge de progression ? Peut-elle espérer mieux que celle de 2007 alors que les exigences du rugby ont encore augmenté ?
Oui. On a quand même rivalisé avec le Japon, l’Italie, la Géorgie. Donc, on a quand même quelques références. On n’a pas joué contre des équipes du top 10 mais face à des équipes qui s’en rapprochent quand on voit que l’Italie et la Géorgie ont réussi à battre l’Australie et le pays de Galles. On a un groupe jeune, avec des joueurs en pleine évolution dont certains vont devenir professionnels. Je pense vraiment qu’on a une marge de progression.
Comment allez-vous préparer la Coupe du monde puisqu’une partie de vos joueurs n’est pas professionnelle ?
Cela va être un peu compliqué. L’idéal serait six semaines. Cela sera peut-être quatre seulement. On a un groupe qui est sympa mais avec des joueurs qui ont des vies familiales. Il faudra trouver un bon équilibre. Mais à Dubaï, on a joué contre les Américains. Ils étaient partis se préparer pendant six semaines en Afrique du Sud. On a été la dernière équipe à débarquer et je n’ai pas eu le sentiment qu’on ait eu moins de cohésion que nos adversaires.
Au sein de votre groupe, combien de joueurs sont des professionnels à plein temps, et combien jouent en France ?
C’est à peu près moitié, moitié. J’ai une bonne douzaine de pros. Chez ceux qui sont en France, il y a Thibault de Freitas qui joue à Floirac (Gironde, Nationale 2) et qui a un job à côté. Certains vont devoir envisager des aménagements dans leur vie personnelle.
Quand vous revenez sur votre parcours à la tête de cette sélection, vous parlez souvent de votre première tournée avec des jeunes en Amérique du Sud comme d’un moment fondateur de l’aventure. Vous pouvez nous expliquer pourquoi ?
C’était la découverte. Ce qui m’intéressait, c’était de voir si les joueurs étaient capables de s’adapter à une semaine de préparation comme des pros, avec des entraînements en journée, parfois deux dans une matinée. Et je me suis rendu compte qu’ils parvenaient à très bien digérer tout ça, avec de belles aptitudes physiques. En quinze jours, ils avaient progressé très rapidement. Je les ai prévenus que lorsque nous allions nous retrouver avec la sélection nationale, on s’entraînerait de cette façon. C’était aussi la condition pour que les professionnels français reviennent en sélection. J’avais parlé avec certains d’entre eux. Les journées à attendre les entraînements à 20 heures, ils n’en voulaient plus. En plus, cela entretenait un décalage entre les amateurs et les professionnels. L’idée, c’était de les mettre sur un pied d’égalité dans le fonctionnement face à la sélection. Il n’y avait pas d’argent en jeu. Ils sont tous venus parce qu’il y avait ce projet de se qualifier pour la Coupe du monde.
Qui sont les joueurs moteurs dans le projet ?
C’est Mike Tadjer, c’est Samuel Marques qui est venu un peu plus tard mais qui s’est totalement investi. C’est José Lima qui est très attaché à son pays, c’est Tomas Appleton, notre capitaine, qui est important en tant que leader au Portugal. D’autres ont pris une nouvelle dimension comme José Madeira qui est devenu professionnel à Grenoble il y a trois ans. Il a joué à 18 ans contre le Brésil. Il ne pesait pas 100 kilos mais il me gagnait déjà tous les contacts. Il y a des joueurs étonnants.
Le scénario du dernier match contre les États-Unis a imposé à vos joueurs une prise de risques. La manière dont ils sont allés chercher ce match nul vous a-t-elle étonné ?
Non. La capacité, ils l’ont. Ce qui m’a embêté, c’est qu’ils ne parviennent pas à le faire plus tôt. Mais avec l’humidité ambiante, le ballon était très glissant. Les deux équipes ont commis beaucoup de fautes de main. On n’arrivait pas à donner plus de vitesse au jeu. Mais ce qu’ils ont fait à la fin ne m’a pas surpris. Ce sont des choses qu’ils m’avaient montrées dès le départ, cette capacité à réagir avec le couteau sous la gorge, à marquer des essais ou à se montrer dangereux à partir de presque rien. Ce qui a changé, c’est la solidité de notre équipe sur les bases. À un moment, ils ont mis la mêlée des États-Unis sur le toit et pourtant elle est costaud. Et il faut rendre hommage au travail réalisé par Hervé Durquéty et Michael Dallery avec les avants et sur la mêlée.
Votre passage avec l’équipe de France (2012-2015) vous avait laissé un goût amer. C’est effacé ?
Franchement, cela fait un moment que j’ai dépassé ce cadre-là. Disons que cela finit de tourner la page. Mais ce sont des expériences tellement différentes. Cela me réconcilie avec moi-même. J’avais le sentiment en équipe de France de vivre un échec. Or que cela soit avec Biarritz ou avec les gamins de Saint-Pée-sur-Nivelle, dans le rugby je n’avais connu que des expériences positives. Quelque part je boucle la boucle. Et puis, on fait évoluer les choses. Notre staff, il est plus étoffé que celui de l’équipe de France à l’époque. Avec le Portugal, on a vraiment travaillé de manière moderne, avec les drones et les GPS. Et puis surtout, entre membres du staff, on partageait tout. On s’est challengé. C’est ce qui m’a fait du bien. J’ai évacué une part de frustration. Et puis, sur le rugby, ce qui m’a fait plaisir, c’est que cette équipe a relevé le défi du jeu face au Japon, on a mis les Italiens en grande difficulté sur de la vitesse de jeu avec des joueurs créatifs. On a rajouté à cela des bases solides.

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