Alors qu’il démarrait tout juste avec les pros, la saison dernière au mois d’octobre face à Lyon, Aguilera scandait déjà son nom. Depuis, le public le crie toujours et salue chacune de ses sorties de chaleureux applaudissements. Il y a forcément un peu d’affection chauvine des supporters biarrots pour leur pilier gauche, Baptiste Erdocio (22 ans, 1,72 m, 112 kg). Cette reconnaissance ne vient plus de ses racines locales et d’une ascendance paternelle en rouge et blanc. Sa qualité de jeu est en constante progression.
Le temps des parties sur la pelouse de Bidart paraît loin. « Petits, avec des copains, ils avaient fait un trou dans le grillage pour passer plus vite du jardin familial au terrain du stade », se souvient Sébastien Dufau, ancien capitaine et talonneur du Bidart Union Club et idole d’enfance d’Erdocio. Depuis, il a goûté au Top 14, surtout avec la chasuble de remplaçant et s’installe durablement en Pro D2. Il enchaînera une 14e feuille de match sur 14 et une 10e titularisation, ce vendredi soir contre Soyaux Angoulême (19h30).
Il n’y a ni magie ni intervention divine à ce parcours en flèche. Dommage pour les jolies histoires de Noël. Selon son entourage affectif et sportif, il y a surtout la force du travail et la volonté d’y arriver. « Quand je vois d’où il est parti, ce qu’il a fourni et les sacrifices qu’il fait, il n’y a pas de chance. Il est allé se chercher ce qui lui arrive. De l’équipe cadets du BO que nous formions à 14 ans, c’était déjà celui qui bossait le plus. C’est d’ailleurs le seul qui est arrivé jusque-là », constate Julien Lebonnec, l’un de ses meilleurs copains, aujourd’hui pilier de Peyrehorade.
Benoît Baby, responsable sportif du centre de formation du Biarritz Olympique, est plus cash : « Baptiste, ça n’a jamais été la pépite. Il a fait le job nécessaire et s’est donné les moyens d’être là. Toutes les personnes qui l’ont côtoyé ont vu le potentiel et l’ont accompagné. Après, il y a 900 professionnels en France, 900 mecs talentueux. Ceux qui sortent, il n’y a pas de secret, c’est ceux qui bossent grave. Il en fait partie. »
Ses performances, la confiance du staff biarrot et les nombreuses blessures à son poste l’ont installé dans la short liste des joueurs les plus utilisés (avec Millar, Sauveterre et Tyrell). Un temps de jeu non négligeable pour poursuivre sa construction. « Depuis août, il a déjà évolué, poursuit Baby. Il est plus rapide dans les rucks, fait plus de passes après contact. Il a aussi des vraies qualités de trois-quarts. À voir comment elles seront exploitées. C’est l’un des meilleurs piliers de Pro D2 qui a largement les moyens de voir plus loin. »
Porté par la passion de ce sport et le rêve de jouer dans le club de son adolescence, lui-même n’a peut-être pas l’impression de travailler. « À n’importe quel niveau, il aurait pris du plaisir parce que c’est un garçon qui aime le rugby, raconte Dominique Argagnon, coprésident du club de Bidart et ancien éducateur d’Erdocio à l’école de rugby. Dès le départ ça s’est senti, il était tout simplement heureux d’être là. » Sébastien Dufau revoit le petit garçon qu’il faisait venir dans les vestiaires bidartar pour les discours. Il abonde : « Il y a peut-être encore l’insouciance de l’âge mais il a toujours la passion du jeu. C’est un boulot mais il aime ce sport depuis qu’il est né. »
Comme ça n’était pas assez, le jeune homme s’est aussi révélé cadre et même parfois capitaine de ce Biarritz Olympique 2022-2023. « Pour ça, il faut jouer, avoir le caractère, être reconnu et accepté de ses partenaires et du public, affirme Benoît Baby. Il avait été capitaine chez les espoirs, ça peut aider à prendre confiance. Là, être l’enfant du club et cadre de l’équipe participe à développer le joueur qu’il est. Un peu comme Maxime Lucu avant lui. »
Ce rôle de meneur n’étonne toujours personne chez ses proches. « Il rassemble facilement derrière lui, souligne Dufau. Il est toujours jovial, ne fait jamais la gueule. » Argagnon décrit à son tour : « Il a cet esprit de solidarité qui donne envie de le suivre. Pour passer un bon moment, on s’assoit facilement à côté de lui. Il a toujours le bon mot, la petite phrase pour faire rire ou pour encourager et relancer son partenaire. »
D’ailleurs, quand l’ouvreur Baptiste Germain confiait avoir eu un mois de septembre délicat, il citait Baptiste Erdocio comme soutien. « Ça ne m’étonne pas, réagit Lebonnec. Avec lui, tout est facile. C’est quelqu’un du coin qui aime faire connaître son environnement et partager ». Même le gâteau basque. Uniquement celui à la crème de la Licorne. De Bidart, évidemment.

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